Affichage des articles dont le libellé est Roman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roman. Afficher tous les articles

lundi 23 novembre 2015

Prix Farniente 2016 : Part 1


J'ai longuement hésité avant de me plonger dans la sélection de 2016... Les titres ne me parlaient pas trop, les résumés non plus. Avais-je la tête à cela? Et puis, ce sont souvent des histoires sombres, qui dépriment. Certes " quelques minutes après minuit" avait été un énorme coup de cœur, mais...?
Et puis, en collaboration avec le centre culturel d'Andenne, l'occasion nous a été donnée de rencontrer une représentante du prix. Je n'ai plus hésité, je l'ai invitée à venir dans mon école et à rencontrer (entre autres) mes élèves de 6TQ.


C'est le genre de choses que je devrais faire plus souvent : faire venir des personnes extérieures pour parler livres avec mes jeunes. Je trouve ça intéressant. Je me suis dit qu'il faudrait inviter un auteur, un traducteur de roman, un éditeur... Bref, des gens qui aiment les livres et en ont fait leur métier.



La présentation n'était pas exceptionnelle mais m'a néanmoins donné envie de mettre le doigt dans l'engrenage. D'autant que j'ai vu certains de mes p'tits loups se redresser et faire des commentaires : "tiens, v'là au moins un résumé qui a l'air intéressant", " oh celui-là il a l'air bien"... Donc, avant de les libérer, j'ai promis, l'air de rien, que ceux qui voulaient choisir un des livres du prix dans la liste des lectures de l'année pouvaient le faire.


Forcément, je suis rentrée et j'ai googlé mon meilleur ami Amazon.
J'ai commandé 5 titres:
La dose de Melvin Burgess, Tous les héros s'appellent Phénix de Nastasia Rugani, un hiver en enfer de Jo Witek, Humains de Matt Haig et Autopsie d'un papillon de Jean-Noël Sciarini.


J'avais lu Eléanor et Park précédemment et l'avais déjà ajouté à mes propositions lectures. J'avais trouvé l'histoire gentille. Surtout le début. La fin m'avait un peu déçue. Je n'ai pas dû le présenter avec assez de conviction, aucun de mes élèves ne l'a choisi.

Amazon est un ami rapide et efficace. Je me suis donc plongée quelques ours plus tard dans le livre de Melvin Burgess. Le résumé m'avait paru original : 
" Vivre vite, mourir jeune », telle est la devise des adeptes du Raid, une nouvelle drogue sur le marché. Une drogue qui permet de vivre une semaine à fond, où tout devient possible, mais, au bout de cette semaine, la mort vient vous cueillir. A Manchester, où règne le chômage et la pauvreté, les jeunes et surtout Adam, 17 ans, voient cette gélule comme une opportunité de vivre la vie qu’ils n’auront jamais. A moins qu’ils ne regrettent déjà leur geste?…"

On commence par suivre Adam qui emmène sa petite amie à un concert. La star a annoncé qu'elle avait pris du Raid et tous ses fans attendent avec nervosité de voir s'il s'agit-là d'une simple blague ou de quelque chose de plus important.
De fil en aiguille, Melvin Brugess nous entraine dans une société où les gens n'ont plus rien, sauf leur vie, à perdre.
C'est très noir.
En soi, le noir ne me dérange pas. Par contre, j'ai trouvé les personnages ternes, plats, inconsistants. Impossible pour moi de m'identifier à l'un d'eux, de ressentir des émotions. Or, des émotions, il devraient y en avoir. Mais l'auteur n'est pas parvenu à me les faire ressentir. Comme si du papier glacé m'empêchait de les atteindre, de les rejoindre. J'ai refermé le livre en étant extrêmement frustrée et déçue.

Refroidie, j'ai hésité sur le second choix. La couverture de "Tous les héros s'appellent Phénix" a accroché mon regard. Phénix vit avec Sacha, sa petite sœur aussi vive qu'intelligente. Toutes les deux, elles se débrouillent avec la vie qui n'est pas toujours tendre : leur père est parti sans crier gare, les laissant aux bons soins d'une maman distante et souvent partie pour son travail. Alors Phénix gère, prend le relais, apaise les angoisses de sa sœur, dort avec elles pour empêcher les cauchemars de la terrifier. Elle attend aussi. Que son père va finir par faire un geste dans leur direction. Que le vendredi arrive, pour croiser le regard de Merlin Baldini. Tout aurait pu continuer ainsi longtemps si Sacha n'avait pas crevé à vélo et que Monsieur Smith, leur professeur d'anglais ne s'était proposé pour les raccompagner chez elle.
Tout ce que je n'ai pas trouvé dans le roman de Burgess, je l'ai eu dans celui de Rugani : des personnages attachants, vivants et auxquels on a envie de croire, une ambiance, une intrigue habilement menée. Du moins pendant les 3/4 du roman puisque la fin m'a, là aussi, laissée un peu dubitative et déçue.

Pour changer de registre, j'ai poursuivi ma découverte du prix Farniente avec "Humains" de Matt Haig. La 4ème de couverture annonce un roman hilarant ( chouette, cela va nous changer!!). Ce roman est un autobiographie fictionnelle rédigée par un extraterrestre investi d'une mission : empêcher les humains de progresser trop rapidement grâce à la résolution d'une équation mathématique capitale. Sous les traits du mathématicien Andrew Martin, responsable de la situation, l'extraterrestre découvre nos habitudes, d'abord avec dégoût, puis avec curiosité.
J'ai éprouvé des sentiments mitigés tout au long de cette troisième lecture. D'abord parce que je n'ai pas ri ( bon, allez, j'ai parfois souri) du tout. Ensuite, parce que j'ai trouvé le début extrêmement lent. Enfin, parce que malgré tout ça, l'histoire n'en demeure pas moins originale et joliment racontée. En plus, je me suis finalement attachée à ce double maladroit d'Andrew et j'ai trouvé que son évolution était intéressante à observer.
J'ai eu envie aussi de relever certaines phrases qu'Andrew donne en conseils à son "fils" Gulliver  et notamment :
"- Une vache est toujours une vache. Même si tu l'appelles "steak"." 
"- Une nouvelle technologie, sur Terre, n'est qu'une chose dont tu riras dans cinq ans. Chéris tout ce dont tu ne riras pas dans cinq ans. Comme l'amour. Ou un beau poème. Ou une chanson. Ou le ciel."
Ou encore :
-" Ne vise pas la perfection. L'évolution, comme la vie, n'existe que grâce à l'erreur." 
Il y en a 97 comme ça, mais je vous laisse le plaisir de les découvrir à votre tour ;-)

A bientôt !






lundi 5 janvier 2015

Trente-six chandelles de M-S Roger : une lecture rafraîchissante, comme je les aime!

Raah! Que cela fait du bien de lire une histoire comme celle que nous propose Marie-Sabine Roger!
Pourtant, la lecture de la 4ème page de couverture pourrait en refroidir certains. Que penser en effet de ce Mortimer Decime qui "allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l'heure de son anniversaire, attend sagement la mort" ?
 
Je me suis retrouvée entraînée par la verve pleine de légèreté de cette auteure que je ne connaissais pas encore mais je vais me hâter de découvrir de manière plus approfondie. L'écriture est drôle, rapide, vive et incisive. L'humour toujours présent. Et puis les références à "Novecento, pianiste, d'Alessandro Baricco, un auteur que j'aime beaucoup, ne pouvaient que me séduire. Du coup, j'ai senti la voix du personnage/ auteure comme un écho de ma propre pensée.
Ca ne vous est jamais arrivé à vous de lire quelque chose de quelqu'un et de vous en sentir immédiatement proche?
Et bien, avec ce livre, c'est ce que j'ai vécu. Foin de la morosité de notre hiver humide et gris. Foin des tracas liés au boulot, aux études et à la famille ( oui, j'avoue, je fais partie de ces mères indignes qui se plaignent parfois de leur progéniture!).
"Trente-six chandelles" se lit comme un enchantement, une formule anti-crise. Rien de vulgaire, rien de lourd dans ce roman qui se dévore d'une traite ou presque.
Les personnages sont tous attachants. Et la fin... ahhh, la fin...!
 
Alors, pour les crêpes de Paquita, le café de Nassardine, les chapeaux de Jasmine ou la malédiction familiale de Mortimer, je ne peux que vous conseiller de vous procurer rapidement ce livre. Ensuite, installez-vous tranquillement à l'abri de tout dérangement. Et profitez!
 
PS : La couverture me laisse toujours intriguée quant à la signification à lui donner. Si vous avez des hypothèses, je suis preneuse :-)
 



dimanche 30 novembre 2014

#MRL14 : J'ai bien aimé me blottir " Sous les couvertures" de Bertrand Guillot !

L'amoureuse des livres que je suis ne pouvait pas ne pas s'arrêter sur cette 4ème de couverture : "Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s'éveillent et se racontent leurs histoires... Mais ce soir, l'heure est grave : les nouveautés viennent d'arriver, et les romans du fond de la librairie n'ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur!"
 
Alors, quand Priceminister m'offre l'opportunité de choisir un livre dans le cadre de son opération "Rentrée littéraire 14", je n'hésite pas longtemps et je clique volontiers sur un livre dont la couverture  n'est pas sans me rappeler la première édition d'Anna Gavalda, "Ensemble c'est tout", ce qui fait battre mon cœur un peu plus fort, et dont le thème semble en tout point réjouissant. Après tout, ce n'est pas si souvent que les livres ont leurs mots à dire et tiennent le premier rôle!
 
Après le clic vient l'attente ( je fais partie des "master zen" reconnus par Olivier Moss, notre serviteur dans cette énorme organisation) et le doute : ai-je bien choisi?  Et puis, enfin! La couverture fait enfin son apparition: emmitouflée dans son carton de protection, elle me fait de l'œil depuis le fond de ma boite aux lettres. Vite, achever le bouquin en cours : je m'en voudrais de ne pas rendre ma critique dans les temps.
 
Mais je me suis inquiétée pour rien. En effet, les pages se sont révélées aussi agréables que la couverture et je n'ai pas vu passer le temps en leur compagnie.
 
J'ai ainsi fait la connaissance de "Grand", de "Junior", de "Conteur". J'ai appris à quoi servaient les classiques. J'ai découvert la cruauté de l'économie littéraire avec ses nouveautés alléchantes, placées sur des podiums comme des stars, laissant dans l'ombre du pilon des petits trésors n'ayant pas trouvé critique positive à leur pied. Triste et injuste sort contre lequel il est temps de se révolter.
 
Je ne me suis pas ennuyée dans cette lecture, et même si certains passages peuvent paraître un peu longuets, je ne me suis ni essoufflée ni lassée de cette intrigue qui a le mérite d'être originale et tout à la fois décalée et très moderne.
 
L'auteur mêle habilement la voix des livres et celle de personnages humains sans que cela choque ou dérange. Et puis, il y a quelques trouvailles qui à elles seules méritent que l'on s'arrête : je pense notamment à la rencontre entre la tablette numérique et les livres en révolte. Et à cette incompréhension entre deux mondes qui n'ont rien en commun. Irrésistible !
 
Certes, je ne peux crier au chef d'œuvre et au génie, mais Bertrand Guillot a réussi le pari de m'attacher à son histoire tout au long de ses 176 pages.
 
Et puis, l'objet lui-même est agréable. Publié par les éditions Rue Fromentin, "Sous les couvertures" est d'un format confortable - ni trop grand, ni trop petit, il se tient facilement, y compris sous la couette, sans provoquer d'abominables crampes dans le poignet ou le bras. Ni prendre toute la place sur l'oreiller
 
Bref, je ne peux que vous recommander une petite halte sur ce titre. Tout y est réuni pour passer un moment aussi réjouissant que prêtant à la méditation.
Merci, Priceminister :-)

vendredi 12 septembre 2014

Muchachas 1 - #KatherinePancol

J'ai hésité longuement lorsque la sortie de Muchachas a été annoncée. J'avais dévoré la trilogie précédente. J'avais peur d'être déçue.
J'ai lu des chroniques qui en parlaient. Pas très enthousiastes. J'ai décidé de laisser le bouquin à d'autres.
Et puis voilà que mon cher et tendre m'offre le volume 3, persuadé que j'avais déjà lu les deux autres tomes.
Hum...
Me voilà bien embêtée et... obligée de faire appel à l'ami amazon pour combler l'erreur de jugement.
Mise au pied du mur en quelques sortes. Comme si une volonté supérieure me ramenait vers le droit chemin.
Les livres sont arrivés.
Je les ai rangés sur une étagère. Je ne suis pas de celle qu'on manipule si facilement. J'avais d'autres chats à fouetter, moi! : des lectures "sérieuses" pour préparer ma rentrée scolaire et faire lire mes ados.
J'ai voulu commencer un dernier livre qui trainait sur mes étagères, en ignorant ostensiblement la brique orange qui me faisait de l'œil.
Peine perdue. J'ai abandonné l'autre livre 24 heures après et je me suis jetée goulûment dans les pages de Muchachas... que j'ai terminé en deux jours environ.
N'en déplaise à certains, j'ai adoré!
Le roman est bien écrit, de bout en bout. Je n'y ai pas retrouvé certaines exagérations que j'avais reprochées à certains passages des tomes précédents.
Ici, cela sonnait juste.
Et surtout, surtout, j'ai vraiment beaucoup aimé découvrir de nouveaux personnages : Stella et Tom, Adrian, Léonie, Ray Valentine.
J'ai beaucoup apprécié aussi la note finale de Katherine Pancol qui explique comment son histoire est née.
J'ai mieux compris aussi pourquoi les personnages de la précédente trilogie faisaient des incursions dans ce récit qui, a priori, ne les concernaient pas. Visiblement, ils se sont glissés dans l'histoire et l'auteure n'est pas parvenue à les faire taire. Et même si je n'ai pas trouvé utile leur présence, je ne peux que sourire face aux facéties de ces personnages que le lecteur imagine bien sages et disciplinés et qui, en fait, n'en font jamais qu'à leur tête.
Il me faut à présent vous laisser... le tome 2 m'appelle à corps et à cris! Je sais maintenant qu'il est vain de vouloir lutter.
 

mercredi 30 juillet 2014

@ActesSud @Freddeghelt : Laissez-vous emporter dans "les brumes de l'apparence"

J'ai un faible pour Frédérique Deghelt. D'abord parce qu'elle publie chez Actes Sud des livres dont les couvertures attirent irrésistiblement mon regard. Ensuite parce que j'ai adoré "La grand-mère de Jade", enfin parce que j'aime son style.
Du coup, je n'ai pas pu résister lorsque j'ai croisé "Les brumes de l'apparence" dans les rayons de ma librairie habituelle.
Je l'ai sagement placé dans ma PAL pour les vacances. Pour savourer et profiter pleinement.
Ce que j'ai fait.
Les premières pages m'ont emportée très rapidement et je me suis laissée embarquer dans l'aventure de Gabrielle.
Gabrielle a 40 ans et une vie bien remplie. Elle organise des événements, elle habite à Paris, elle a un mari qui pratique la chirurgie esthétique et un grand garçon, Nicolas. Elle a tout pour être heureuse et ne changerait rien à sa vie pour tout l'or du monde.
Seulement voilà, un coup de fil lui apprend qu'elle hérite d'une vieille maison et d'une forêt perdues au fin fond de nulle part. Gabrielle s'organise pour se débarrasser au plus vite de l'encombrant bien. Mais c'était sans compter sur l'inattendu qui va bousculer toutes ses certitudes...
 
" J'ai quarante ans, j'ai passé la moitié de ma vie à combattre un père-mère, et l'autre moitié à élever un fils. Dans un cas comme dans l'autre, je crois bien que j'ai échoué. Même si mon échec a des airs de réussite. Mon père continue à avoir toujours raison quand il joue la mère poule et mon fils ne cesse jamais de me dire que j'ai tort. Quant à mon homme, chirurgien esthétique de renom, je guette avec angoisse le matin où il me regardera en évaluant le coût et le temps des travaux. [...] Revenir au début de l'histoire, c'est me revoir avec tout ce qui compose ce moi-même rassurant et construit. Cette appartenance à ce qu'on croit nous appartenir. Mon mari, mon enfant, mon père, mon métier : mes mots pour les décrire, cet humour distancié, ce confort caustique qui laisse croire qu'on est honnête parce qu'on sait rire de soi-même."
Gabrielle est un personnage qui m'a beaucoup parlé. Peut-être parce que je m'approche moi-même des quarante ans. Sans doute aussi par cette remise en question qui va lentement mais rudement la transformer. J'ai aimé cette manière que l'auteur a choisie de venir mettre à mal ses certitudes. De la bousculer dans ses convictions. Car c'est un peu le jeu de notre vie à tous, être sans cesse remis en cause, en question.
 
A côté de ce personnage, il y a l'aspect surnaturel de l'histoire. J'ai eu peur de ne pas accrocher mais au fond, ça ne m'a pas posé problème. Et je souligne les remerciements de l'auteur en fin d'ouvrage " l'auteur tient à remercier les fantômes qui ont accompagné chaque jour ce roman en se manifestant par des signes relativement clairs". Cette phrase m'a semblé justifier pas mal d'éléments présents dans ce roman et m'a permis d'en accepter une certaine réalité.
 
Alors, crierai-je au génie? Certes, le roman m'a tenue en haleine et ses personnages resteront en ma compagnie encore longtemps ( comme souvent avec les livres de l'auteur) mais il reste ce défaut que je retrouve trop souvent ( à l'exception de la grand-mère de Jade) chez Frédérique Deghelt, c'est son goût prononcé pour la morale explicite. Cela l'entraîne dans de longs monologues justificatifs à mon sens absolument inutiles. Quel dommage d'imposer ainsi à son lecteur une signification, un chemin tout tracé. Il me semble que si la liberté nous était laissée de choisir le sens que l'on veut donner au vécu des personnages, l'histoire gagnerait en force. Et puis, le style est tellement bon quand elle oublie de nous faire la leçon :-)
 
Un bon roman, donc, mais avec des passages à lire "les yeux fermés" pour ne pas se lasser...
Allez, un passage que j'ai particulièrement aimé, dans le métro parisien:
" [...] D'autres voyageurs montent en riant, ils saluent tout le monde. L'un s'adresse à ma voisine : "Ah, vous lisez le Goncourt des lycéens de l'année dernière? J'ai hésité à l'acheter. Vous comprenez, une histoire de recluse au XIIè siècle, ça m'effrayait un peu. - Ah non, répond la femme avec passion, n'hésitez plus, c'est merveilleux. Il lui arrive un nombre incroyable d'aventures entre ses quatre murs, et quelle écriture sublime! - Moi j'avais adoré son histoire de cœur cousu, son premier livre", intervient une autre dame de l'autre côté du siège. Autour de nous, tout n'est que brouhaha joyeux. On s'interpelle, on papote, et si l'on s'apostrophe, c'est avec humour. "Cher monsieur, j'avais un pied avant que vous ne décidiez de l'écraser. - Oh, pardon, madame. Justement j'allais demander votre main, ce n'est pas le pied d'être aussi maladroit dans un cas pareil." La femme rit et lui assure qu'il est pardonné."
 
Jubilatoire, non?  

samedi 5 juillet 2014

Douce nuit, maudite nuit ~ Seth Grahame-Smith

" Le Spectre d'Antioche, le cauchemar de Judée, l'épine dans le pied d'Hérode? Balthazar s'est vu attribuer bien des surnoms, alors qu'en vérité, il n'est qu'un voleur un peu plus ambitieux et un peu plus chanceux que les autres. Cette fois, pourtant, trop d'ambition et trop peu de chance l'ont mené directement dans les cachots de Jérusalem, où il rencontre Gaspard et Melchior, deux bandits de grand chemin qui doivent eux aussi être exécutés au matin. Mais Balthazar a un plan. Un plan qui finira par les conduire à Bethléem dans une certaine étable, où se cache une certaine famille, alors que brille dans le ciel une certaine étoile? Oubliez tout ce que vous croyiez connaître sur la Nativité et laissez-vous embarquer pour une grande aventure pleine de bruit et de fureur à travers la Judée de l'an 1 !"
 
 
Remporté lors d'un concours organisé par les éditions J'ai lu ( que je remercie encore, d'ailleurs), je suis restée un peu dubitative devant ce résumé. Qu'allais-je bien pouvoir découvrir en lisant cet ouvrage?
Eh bien, Seth Grahame-Smith est parvenu à me réconcilier avec l'histoire biblique! Croyez-le ou pas mais je me suis plongée dans ce livre comme dans un véritable bain de jouvence. C'est bien écrit, c'est très prenant. C'est souvent drôle. C'est parfois barbare et cruel. Bref, il y a absolument tous les ingrédients nécessaires pour que la magie opère.
En tout cas, avec moi, ça a très bien fonctionné!

Le premier oublié ~ @CYRILMASSAROTTO


Voilà encore un livre qui traînait sur mon étagère depuis un bon moment sans que je trouve le temps de le lire. Toujours dans un besoin de fuir les polars imposés par le PLLP et ma qualité de jurée consciencieuse, j'ai plongé sans hésiter sur "Le premier oublié" de Cyril Massarotto et je l'ai dévoré en quelques heures.
" Depuis quelques mois déjà, Madeleine oublie. Oh, des petites choses, rien de bien inquiétant. Jusqu'au jour où elle s'aperçoit qu'elle a oublié le nom de son mari. C est Thomas, son fils, qui lui apprend que son époux est mort, il y a près d un an. Le diagnostic tombe : sa mère est atteinte d Alzheimer."
Terrible histoire que celle de Thomas qui prend soin de sa maman et qui nous confie ses peurs, ses inquiétudes face à cette terrible maladie qui ronge le cerveau de celle qui l'a mis au monde. Qui nous confie également à quel point la mort de son père un an plus tôt l'a profondément blessé et laissé comme orphelin.
 
Terrible histoire que celle de Madeleine qui se voit perdre doucement perdre contact avec la réalité.
Cyril Massarotto réussit l'exploit de parler d'un sujet délicat avec finesse et pudeur. Sans jamais tomber dans le pathos ou le larmoyant.
J'ai aimé les personnages et la construction du récit autour des voix de Thomas et de Madeleine, une construction qui apporte une forme de suspens et nous donne des réponses à la fin, des réponses pleines de poésie.
 
Un livre profondément émouvant qui m'a laissée au bord des larmes. Et que j'ai aussitôt confié à une collègue qui se trouvait près de moi à la fin de ma lecture et qui a eu envie de découvrir cette perle.
Une perle que je compte mettre entre les mains de mes élèves dès la rentrée de septembre.

Miss Peregrine et les enfants particuliers ~ Ransom Riggs

Encore un livre à déguster tant pour son contenu romanesque que pour ses illustrations! Ransom Riggs est parvenu à m'accrocher à cette histoire sur laquelle je lorgnais depuis un bon moment sans
me décider à franchir le pas de l'achat. Je ne savais pas trop quoi à m'attendre. S'agissait-il d'un roman accessible uniquement aux jeunes enfants? Pas du tout, je dirai même qu'il faut être un bon lecteur pour comprendre toutes les finesses de l'intrigue qui mélange réalité et univers fantastique, et où les horreurs de la seconde guerre mondiale jouxtent un monde où les monstres sont réels mais pas ceux que l'on pense. Et c'est là la force de ce bouquin : le lecteur est persuadé qu'une explication rationnelle va venir tout clarifier, va corriger le tir de ces récits étranges et fascinants racontés par un grand-père un peu dérangé. On soutient le héros, Jacob ( un prénom visiblement à la mode dans les romans jeunesse), dans son désir de rallier le clan de ceux qui sont de plain-pied dans le vrai monde. Et qui dénigrent, voire méprisent l'aïeul pour ses propos délirants.
On souffre avec lui lorsque ses repères tombent avec la disparition tragique de ce personnage haut en couleurs.
Et on attend le dénouement avec impatience.
 
Etes-vous prêts à rencontrer les enfants particuliers?

Reckless ~ @CorneliaFunke

Avec tous ces polars rendus obligatoires par la participation au PLLP, je me sens parfois écœurée et j'éprouve le besoin de vadrouiller vers d'autres rivages littéraires. C'est ainsi que je me suis plongée dans "Reckless".
Toujours à la recherche de bouquins susceptibles de plaire à mes élèves, je suis tombée sur le résumé
plus qu'appétissant de l'ouvrage. Et comme je savais l'auteure digne de confiance pour avoir lu " Cœur d'encre", je n'ai plus trop hésité. Surtout en voyant la couverture. Je dis Waouw ! Et c'était sans avoir vu les illustrations à l'intérieur du livre. Là encore, je dis waouw!
Je suis décidément de plus en plus sensible à ces images qui viennent soutenir la lecture. Le livre devient un véritable objet artistique qu'il me parait bon de défendre. Je le crie donc haut et fort : lisez Reckless!
 
" En découvrant un monde extraordinaire derrière le miroir de leur appartement new-yorkais, Jacob Reckless pensait avoir trouvé la liberté. Mais cet univers fascinant est aussi dangereux et, un jour, Will, son jeune frère, déjoue la vigilance de Jacob et le suit à travers le miroir. Victime d'un maléfice, il se transforme en monstre, brisant ainsi le cœur de celle qu'il aime... Reckless n'a que deux jours pour le sauver !"
C'est bien écrit, c'est prenant, c'est joli.
Que demander de plus?
De l'aventure?
Le livre en regorge.
De la magie?
Elle vous brûlera les doigts dès que vous aurez tourné la première page!
Des personnages attachants?
Attendez donc de rencontrer Jacob et la renarde. Et de savoir ce qu'il advient quand on boit de l'eau d'alouette... :-)
 
Je vous envie si vous n'avez pas encore croisé le chemin de cet univers. Vous avez encore tout à découvrir!
 

@livredepoche : PLLP - La sélection du mois de juin

Cocorico! Je peux clamer que cette fois-ci, mes lectures se sont révélées positives! Contrairement à mon dernier article, je ne vous présenterai pas mes lectures dans leur ordre chronologique mais par ordre de préférence.

" Le sable était brûlant" de Roger Smith est un thriller habile où l'on suit Robert Dell dans sa quête pour venger le meurtre de sa femme et de ses enfants et pour prouver son innocence. " Commence alors une traque infernale à travers une Afrique du Sud où la violence côtoie la misère et l'archaïsme tribal." Dans son périple, il croise des personnages peu reluisants comme Inja Mazibuko ou son propre père mais aussi d'autres destins chaotiques : celui de Sunday promise à un mariage avec l'assassin de ses parents ou encore celui de Disaster Zondi qui hésite entre la voie de la facilité ou le combat pour le bien.
 
J'ai trouvé que le roman était intéressant mais terriblement lent, avec des méandres dans lesquels je me suis parfois perdue. C'est d'autant plus dommage que l'auteur montre une Afrique du Sud rongée par la corruption et les superstitions, un visage que l'on pourrait croire anachronique mais qui, je le pense, révèle combien les êtres humains peuvent osciller entre modernité et traditions dangereuses. Un roman dur pour le moral.
 
 
"Amy et Nick forment en apparence un couple modèle. Victimes de la crise financière, ils ont quitté
Manhattan pour s'installer dans le Missouri. Un jour, Amy disparaît et leur maison est saccagée. L'enquête policière prend vite une tournure inattendue : petits secrets entre époux et trahisons sans importance de la vie conjugale font de Nick le suspect idéal. Alors qu'il essaie lui aussi de retrouver Amy, il découvre qu'elle dissimulait beaucoup de choses, certaines sans gravité, d'autres plus inquiétantes."
"Les apparences" de Gillian Flynn est construit autour de deux voix : celle d'Amy et celle de Nick. C'est à la fois la force et la faiblesse de ce roman. Une force car le lecteur est amené à se forger son opinion des deux personnages à travers ce qu'il découvre au fil des chapitres. Une force car cette construction nous oblige à repenser notre position en permanence. Gillian Flynn s'amuse à nous mener par le bout du nez et elle excelle dans ce petit jeu.
Une faiblesse néanmoins car j'ai trouvé que le jeu durait longtemps. Il y a toute une partie de l'histoire que j'ai trouvée lente et décousue.
Ce qui sauve le roman est la fin. L'auteur a su éviter les pièges d'une fin conventionnelle. En cela, je comprends le choix des jurés qui ont massivement voté pour lui.
 
Je lui ai pourtant préféré " Les fantômes du Delta" d'Aurélien Molas. Cette brique de presque 600 pages m'a tenue en haleine tout du long car l'auteur parvient à ne pas lasser et à tenir en haleine son lecteur jusqu'à la fin du récit. L'intrigue est originale, redoutable et conjugue les apports historico-politiques et les idées romanesques avec brio.
J'ai adoré suivre " Benjamin Dufrais et sa collègue Megan, membres de Médecins sans frontières, [qui] tentent de lutter contre la malnutrition et d’aider les réfugiés. Mais ils se retrouvent pris dans la tourmente d’intérêts géopolitiques qui les dépassent. L’enjeu ? Une fillette dont l’ADN peut changer le monde. Chacun veut mettre la main dessus. Face au cynisme des multinationales, que pèsent les idéaux de deux médecins humanitaires bien décidés à ne pas les laisser faire ?"
 
Je ne peux que vous encourager à lire ce récit qui vous entraînera sur les berges du delta où la duplicité de certains lutte avec la générosité et le dévouement d'autres.
Mon vote s'est aussi porté sur Molas car je voulais mettre en avant cet ouvrage, persuadée que les jurés privilégieraient Gillian Flynn, largement encensée par la critique.
 
 

@livredepoche : PLLP les romans du mois de mai

La sélection du mois de mai ne m'a pas vraiment séduite, force m'est de le reconnaître et j'ai voté plus par obligation que par réelle motivation cette fois-ci.

J'ai commencé par "Flic ou caillera" de Rachid Santaki parce que j'avais un terrible a priori le concernant et que je souhaitais en "finir" au plus vite. La raison de cet a priori? La couverture et sa
mention aguicheuse et prétentieuse au sujet de l'auteur considéré comme "le Victor Hugo du ghetto". Voilà le genre de déclaration que j'ai en horreur et rien que cela m'aurait empêchée d'acheter le roman. Cependant, je me suis engagée à lire tous les livres sélectionnés et j'ai donc pris mon courage à deux mains. Et je dois avouer que l'auteur - même s'il est très loin de Victor Hugo - possède une indéniable qualité quant il s'agit de construire une intrigue et un personnage. J'ai vraiment eu envie de comprendre la situation vécue par les protagonistes et j'ai tourné les pages de plus en plus vite pour découvrir ce qui allait leur arriver.

Medhi Bassi voudrait échapper au clan Bessama, caïds locaux de la drogue tandis que Najet, "flic et beurette" se bat avec ses origines". Ce sont des personnages attachants, tout au moins celui de Medhi que l'on voit lutter de toutes ses forces pour ne pas suivre le même chemin que celui de son frère.
Malheureusement, si j'ai tourné les pages de plus en plus vite, ce n'est pas seulement pour savoir ce qui va advenir des deux héros, c'est aussi parce que j'ai détesté le style employé pour raconter cette histoire. Le recours au verlan et à la grossièreté - sans doute révélatrice du milieu des cités - m'ont obligée à utiliser le glossaire sans trouver toujours la réponse à mes questions linguistiques. Ce langage, s'il se veut le reflet de la réalité, présente à mes yeux un double inconvénient : celui de ralentir la lecture et celui de stigmatiser le quartier des cités et donc de creuser davantage le fossé entre ceux qui en sont et ceux qui n'en sont pas.
 
Quoi qu'il en soit, ce choix a fini par me lasser et par gâcher complètement mon plaisir. 
 
Pour me changer un peu les idées, je me suis ensuite tournée vers "Désordre" de P. Hancock parce que son résumé m'assurait d'un univers radicalement différent : "Sonia, la quarantaine, mène une vie
solitaire dans sa jolie maison des bords de la Tamise. Son mari est souvent en déplacement et Kit, leur fille, est partie pour l'université. Lorsque Jez, 15 ans, le neveu de son amie Helen, frappe à sa porte pour lui emprunter un disque, Sonia, prise d'une pulsion inexplicable et obsédée par les réminiscences de sa jeunesse, décide de ne plus le laisser partir."
 
P. Hancock a su utiliser avec beaucoup d'efficacité la proximité de la Tamise pour élaborer son roman et surtout créer une atmosphère bien particulière. La psychologie des personnages baigne dans les brumes malsaines du non-dit. Sonia parvient à se rendre émouvante malgré la folie dans laquelle elle s'enlise sans cesse de plus en plus profondément et le lecteur est entraîné malgré lui dans les méandres de son esprit torturé par les souvenirs d'un amour de jeunesse et par la morosité de son quotidien. La romancière tire sur le fil de son intrigue et le lecteur se demande avec angoisse quand la tension deviendra à ce point insupportable qu'il finira par se rompre, enfin, dans une sorte de soulagement.
Cependant si le roman est bien mené, je ne suis pas une fervente des ambiances glauques et je me suis un peu embêtée.
 
J'ai terminé mon périple avec "une balade dans la nuit" de G. Pelecanos. J'y ai suivi Spero Lucas. "Ancien militaire qui à son retour d'Irak s'est reconverti en enquêteur. Il travaille pour un avocat qui le met en contact avec un client qui, depuis sa prison, gère son trafic de drogue. Ce dernier demande à Spero de retrouver des colis disparus."
Si j'écarte l'étrangeté du point de départ qui repose sur un non-respect total de la loi, j'ai apprécié ce récit. Vif, rapide et efficace, Pelecanos sait entraîner rapidement son lecteur sur les traces de ses personnages ( ouf!). Tout est là pour passer un bon moment de lecture : Spero est un vrai personnage, même si certains clichés lui collent à la peau. Des clichés qui font qu "une balade dans la nuit" rappelle d'autres livres du même genre. Raison pour laquelle je n'ai pas voté pour lui. Mais à défaut d'originalité, cela reste incontestablement un roman agréable à découvrir pour votre été.

mardi 29 avril 2014

Reckless @CorneliaFunke









Je suis plongée dans le premier tome de Cornelia Funke " Reckless. J'avais bien aimé le premier tome de la trilogie précédente "Cœur d'encre", découvert au hasard de mes recherches en bibliothèque. J'avais trouvé les idées de l'auteure originales.

Du coup, j'ai sauté le pas et j'ai acheté son roman.
Pour le moment, je ne regrette pas mon achat.
D'ailleurs, je reviens vous en parler bientôt ;-)

mardi 1 avril 2014

Libellules - Joël Egloff

C'est au cours d'un atelier d'écriture que j'ai entendu parler de ce livre pour la première fois. Notre animatrice en avait souligné les qualités littéraires et le style original.
J'ai attendu longtemps pour me décider à acquérir "les libellules" de Joël Egloff et puis Amazon me l'a livré et je l'ai dévoré en deux jours.
 
Le résumé en quatrième de couverture est on ne peut plus succinct et mystérieux : "Il y a, dans Libellules, un enfant qui grandit et sans cesse s’interroge, un père qui aimerait pouvoir lui répondre, il y a cette femme qui, du matin au soir, secoue son linge à sa fenêtre, il y a Kate, là-bas, en Antarctique, et la tragique histoire d’un chapeau à la mer…"
 
Pour une fois, aucune inquiétude de voir un moment clé révélé ici par mégarde. Et d'ailleurs, est-il possible de révéler un moment clé de cette histoire?
Car y a-t-il une histoire?
Personnellement, je n'en suis pas convaincue. Pourtant, je vous assure que j'ai lu l'œuvre en entier. Mais plutôt qu'une histoire, je dirais que l'auteur s'est trouvé des prétextes.
Des prétextes à écrire sur la vie et sur ces petits moments que l'on ne voit plus, sauf quand on a encore le regard tourné vers l'enfance. Un regard tout neuf qui s'émerveille de tout. Un regard qui interroge. Un regard qui voit mille mystères dans la banalité d'un geste tout simple.
 
Joël Egloff m'a éblouie. J'ai aimé son style, j'ai été touchée par ses anecdotes et ses drôles de récits farfelus et tendres.
Je ne peux pas vous raconter Libellules.
Je ne peux que vous encourager à courir vous procurer cet ouvrage dont le prix prête à sourire. C'est tellement rare la poésie de nos jours dans le quotidien qu'on aurait bien tort de bouder son plaisir, non?

samedi 1 février 2014

Un bûcher sous la neige - Susan Fletcher

 
 
J'ai retrouvé avec beaucoup de bonheur Susan Fletcher avec ce très beau roman qui présente l'histoire touchante de Corrag, une jeune femme enfermée pour sorcellerie dans les prisons écossaises en plein XVII ème siècle.
Corrag vit une période où les troubles politiques contaminent les hommes qui se battent pour leurs idéaux et leur attachement à un roi en exil ou à un roi en place. Une période où il ne fait pas bon être différent des autres.
Enfermée dans sa cellule humide, Corrag va faire la rencontre de Charles Leslie, venu écouter son témoignage sur ce qu'elle a vu et qui permettrait au révérend d'apporter des preuves permettant d'incriminer les actions de l'individu qui à ses yeux usurpe le trône. Des preuves sur lesquelles miser pour espérer un retour de son roi.
Au départ, Charles ne voit en Corrag qu'une souillon malfaisante. Pourtant, au fil de la confession de Corrag, un charme opère entre eux. Et lorsque Charles rentre, il brûle d'écrire des lettres à sa femme lui narrant l'évolution de son état d'esprit par rapport à cette prisonnière.
Le récit oscille entre le récit de vie de Corrag qui voit venir la fin de sa vie et qui veut laisser une trace d'elle et les lettres d'amour dans lesquelles Charles se confie à son épouse.
 
Le roman m'a tout de suite emballée. Par sa très jolie couverture, par le thème de la sorcellerie et par son résumé dans un premier temps. Ensuite, par la qualité d'écriture de l'auteur qui nous prend par la main avec douceur et nous plonge dans l'univers de ses personnages, mêlant délicatement descriptions et développements psychologiques.
 
Le livre repose sur un fond historique. Et j'adore quand je suis emmenée dans une époque et dans des faits où la question de savoir où commence la fiction, où s'arrête le réel effleure en permanence le seuil de notre conscience.
 
Mais surtout, ce qui m'a fait aimer ce livre, c'est Corrag. Quel beau personnage! Quelle bonne femme!
Le lecteur se sent vite en harmonie avec les sentiments qu'elle inspire à Charles, il les partage. J'ai eu aussi envie de lui prendre la main, de l'écouter, de la rassurer.
 
Les lettres que Charles écrit à sa femme sont belles également, témoignent d'un véritable attachement à sa femme, à une indéfectible tendresse. Elles permettent aussi de comprendre que le couple a traversé des épreuves et que cet éloignement, et cette rencontre avec Corrag, sera le prétexte à mettre des mots sur des blessures afin de les panser enfin.
 
Même si certaines descriptions traînent un peu en longueur, c'est un vrai coup de cœur pour moi. Et je me surprends parfois à penser à Corrag, assise sur le sol détrempé de sa prison, qui aperçoit vaguement par une lucarne grillagée un coin de ciel enneigé...
 
 

 

lundi 30 décembre 2013

Premier chagrin - Eva Kavian

Sophie répond à une annonce pour du baby-sitting. Elle a envie de gagner de l'argent. Mais aussi que malgré sa petite taille, elle grandit. Qu'elle est capable de s'assumer et de gérer un travail à responsabilité.
Mais en se présentant pour la place, "Quelle surprise, lorsqu'elle découvre que c'est une grand-mère et non une jeune maman qui a posé l'annonce. A partir de ce moment, rien ne se passe comme prévu, et la vie de Sophie va en être bouleversée."
 
Voilà un livre émouvant et agréable. Plein de fraicheur. Sophie a 14 ans et a envie de prouver au monde entier de quoi elle est capable. Mais assumer la fin de vie d'une grand-mère en mal de sa famille, il y a de quoi en déstabiliser plus d'un.
Eva Kavian a su une fois de plus traiter d'un sujet délicat toute en finesse et en émotions. C'est facile à lire et pourtant grave comme propos.
L'auteur ne tombe jamais dans le pathos larmoyant. Et je l'en remercie :-)


jeudi 26 décembre 2013

Kinderzimmer de Valentine Goby

Je ne pouvais pas ne pas lire cet ouvrage dont j'ai entendu tant d'échos positifs, surtout étant donné la thématique liée à la seconde guerre mondiale.
 

C'est donc avec enthousiasme que je me suis lancée dans la lecture de ce livre que je pensais dévorer en quelques heures.
Et bien non, Valentine Goby a réussi à déjouer mes plans...
" En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout."
Je m'attendais à une lecture douloureuse et cela a été le cas mais pas tant par le choix du sujet ( enfin si mais cet aspect là est venu plus tardivement) mais par le choix stylistique de l'auteur. La première moitié du livre est une sorte de réminiscence des souvenirs de la narratrice sur base qu'une question qu'une élève lui pose : "Alors quand vous avez compris que vous alliez à Ravensbrück?". La narratrice se plonge alors dans son passé pour se rappeler du moment exact où elle a su et compris. elle entraîne alors le lecteur dans la confusion des premiers jours, dans la confusion de la faim et du doute.
Et cette confusion est partout présente dans la langue employée. Cette confusion colle aux démarches du lecteur pour suivre Mila dans ses questionnements, ses angoisses et ses inquiétudes.
Et cela ralentit considérablement la fluidité de ce mouvement pour suivre Mila. C'est difficile. C'est laborieux.
Mais il n'y a rien à faire, on est comme emprisonné dans ce camp avec ces femmes qui souffrent. Pas moyen de se dire "Tant pis, je laisse tomber" parce que laisser tomber, là-bas, c'est la mort, la fin de tout. Alors on poursuit. On s'accroche.
On attend, on guette une libération, une fin. quelque chose qui donnerait du sens à toute cette souffrance.
Et puis la délivrance de Mila arrive. Elle accouche. Et l'indicible prend alors une autre ampleur. Mila semble ajustée à ce qu'elle vit, les pièces du puzzle se rassemblent, l'écriture devient plus rapide, plus vive, le style plus incisif. Nous sommes entraînés dans quelque chose qui nous dépasse. Il n' y a plus de mot pour ressentir. Et pourtant Valentine Goby poursuit son récit, impitoyable.
Nous sommes condamnés à suivre Mila, accrochés dans ses pas. Jusqu'à la fin du livre, que nous n'avons finalement pas pu lâcher.
Je ressors de ce livre assommée. Etourdie. Ecœurée...
J'ai détesté cette histoire et pourtant je la conseille à tout le monde.
Lisez et vous saurez.
 
 
 

vendredi 13 décembre 2013

Nymphéas noirs de Michel Bussi

Je suis gâtée! Pourquoi? Parce que j'aime Monet et que l'histoire se passe dans le charmant village de Giverny, chasse gardée du peintre impressionniste.
De plus, j'aime les intrigues bien ficelées et celle-ci l'est indéniablement : une narratrice épie les allées et venues de ses concitoyens depuis "le moulin de la sorcière". Elle rôde et raconte les crimes qui se perpètrent sans que la police y puisse rien changer.
Cela commence avec Jérôme, trois fois assassiné.
L'inspecteur cherche des mobiles, des suspects et ses pas le conduisent face à la jolie institutrice.
Secondé par son adjoint méticuleux, Laurenç Serenac soupçonne le mari. Mais quand on est attiré par sa femme, est-on encore capable de mener objectivement l'enquête?
Et puis, il y a cette carte d'anniversaire glissée dans la poche du mort et qui porte à croire qu'un enfant de 11 ans est en danger... Peut-être bien cette fillette au talent évident pour la peinture et qui cherche à tout prix à quitter ce village, cette prison.
«Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de fuir… »

J'ai adoré ce livre! De bout en bout. J'ai aimé la construction des personnages, j'ai aimé le mystère d'une enquête tarabiscotée dont on se demande à chaque page ce qu'elle nous réserve. J'ai adoré la vieille qui raconte le récit pour son humanité féroce et son cynisme. J'ai été touchée par l'amour que l'adjoint porte à sa femme. Et de l'amour, il en est beaucoup question dans ce roman.
Et puis, surtout, il y a la fin où tous les morceaux du puzzle se mettent en place et où l'auteur fait mouche pour mon plus grand bonheur. Saperlipopette : je me suis fait avoir!
Un livre que je conseille absolument ;-)

dimanche 24 novembre 2013

La garçonnière - Hélène Grémillon

Lu dans le cadre du challenge rentrée littéraire 2013 et grâce aux matchs de la rentrée organisés par PriceMinister [# MRL2013], "la garçonnière" d'Hélène Grémillon était ma première rencontre avec cette auteure dont je voulais faire la connaissance depuis son roman "Le confident" qui se trouve toujours dans ma wish list.
Le titre avait retenu mon attention parce que mon imagination s'était tout d'abord emballée sur cette expression aux parfums d'adultère et de tromperie. Ensuite, la quatrième de couverture m'a envoyée vers d'autres pistes. Celles de l'Argentine d'après dictature. " Ce roman est inspiré d'une histoire vraie. Les événements se déroulent en Argentine, à Buenos Aires. Nous sommes en août 1987, c'est l'hiver. Les saisons ne sont pas les mêmes partout. Les êtres humains, si."
Miam miam. Mon appétit est aiguisé. Pas vous?
Et puis viennent les premières pages. Le style, fluide, entraînant, rapide, vif, incisif. Un psychiatre est accusé du meurtre de sa femme. Et une de ses patientes va tenter de lui venir en aide en menant sa propre enquête parallèle à celle d'une police présentée comme injuste, radicale et fainéante.
Le récit est bien construit, les personnages sont intéressants. Je me laisse entraîner.
Je suis passionnée même par ces aspects d'une histoire que je ne connais que peu, celle d'une Argentine martyrisée, brimée sous le joug de la violence de la junte.
Les rebondissements de l'enquête me saisissent. je veux en savoir plus, je tourne les pages à un rythme effréné.
Du moins jusqu'à la page 231...
Car malheureusement, je n'ai pas adhéré à la présentation du personnage de Lisandra, la femme du psychiatre. Je m'en voudrais de gâcher la surprise pour ceux qui voudraient lire le livre après avoir lu mon article, aussi ne m'étendrais-je pas trop sur ce qui m'a refroidi mais Lisandra, même si je lui reconnais une épaisseur littéraire indéniable fait basculer le livre dans l'anecdotique. J'étais époustouflée par l'Histoire qui sous-tendait tout le roman et avec elle, je me suis retrouvée devant un drame humain, certes terrible, mais si loin de ce que j'attendais que je m'en suis retrouvée toute déçue.
Et pourtant, l'histoire est habilement menée jusqu'à son dénouement. Rien à reprocher de ce côté-là. tout tient la route et jusqu'à la fin je me suis intéressée au sort des protagonistes. Eva Maria, la patiente qui enquête, est bouleversante. Son fils Estéban bénéficie d'une sorte de grandeur tragique, d'une aura particulière.
Et ce que l'on découvre des pensées de Lisandra est cruel, jusqu'au dernier mot.
Je reste pourtant frustrée par ce basculement de l'Histoire à l'histoire. Je m'attendais à un récit qui dépasse les réalités individuelles pour montrer un destin supérieur qui  unit parfois les êtres dans l'injustice et le malheur.
Ne vous méprenez pas, "La garçonnière" est un très bon roman.
Mais à ranger dans la catégorie "polar" plutôt qu'historique. Une confusion qui pourrait en décourager plus d'un en cours de route...
 

vendredi 15 novembre 2013

Dans le silence du vent - Louise Erdrich

Je peux enfin annoncer une lecture qui m'a plu du début à la fin dans ce challenge "rentrée littéraire 2013". Je ne parlerai peut-être pas de coup de cœur car je suis une lectrice difficile mais c'est un livre qui m'a vraiment séduite et qui mérite qu'on s'y attarde.

Joe a treize ans et vit dans une réserve. A travers sa voix, nous découvrons son univers faits de routine et de camaraderie, de fantasmes adolescents et de désirs inassouvis. Mais cette routine paisible se trouve bouleversée par un événement crapuleux : la mère du garçon se fait violer. Un viol particulièrement brutal qui laisse la maman dans un état physique d'abord, moral ensuite dévasté.
La voix de Joe s'élève alors pour comprendre l'impensable, cerner ce qui a eu lieu. Le gamin mène sa propre enquête, soutenus par ses amis Zack, Angus et surtout Cappy.
Et à travers cette enquête se révèle toute la complexité du statut indien aux Etats-Unis et du système pénal qui gouverne ce peuple malmené.
 
Ce qui marque le plus dans cette histoire, c'est l'écriture.
Une écriture simple et sans fioriture et pourtant puissante et poétique. Une écriture qui vous embarque l'air de rien et ne vous laisse pas en paix, vers laquelle le lecteur est obligé de revenir, presque malgré lui.
Louise Erdrich parvient à faire vivre son histoire dans la tête du lecteur, les images se mettent en route toutes seules et le film nous happe. Et pourtant, ce sont des images faites de petits riens du quotidien :
" Des petits arbres avaient attaqué les fondations de notre maison. Ce n'étaient que de jeunes plants piqués d'une ou deux feuilles raides et saines. Les tiges avaient tout de même réussi à s'insinuer dans de menues fissures parcourant les bardeaux bruns qui recouvraient les parpaings."
Ce sont les premières lignes du récit. Et chose impressionnante, toute la trame est posée là, entre nos mains, dans ces quelques mots.
Ces petits arbres métaphoriques que le narrateur s'échinent à ôter sont l'indice du drame qui va se jouer.
C'est là la grande force de l'auteur. Les images en apparence futiles recouvrent des réalités bien plus complexes.
 
Une autre force du roman réside dans la construction des personnages. Joe est un adolescent qui découvre la vie qui l'entoure avec ce mélange de naïveté, de candeur et de pessimisme propre aux gamins de son âge. Et ce regard encore si frais va se heurter au côté obscur de l'âme humaine. On le suit dans cette évolution, avec ses joies, ses peurs et ses colères. On doute avec lui. On veut savoir tout comme lui.
 
Seul bémol à cette impressionnante construction narrative, les détours parfois compliqués de l'enquête avec l'intervention de nombreux personnages animés chacun par des mobiles intimes. Au lecteur alors de plonger dans ces intimités et de suivre le mouvement ou au contraire, parfois ( c'est ce qui m'est arrivé), de se rebeller et de rechigner devant la besogne.
 
C'est le seul point que je reproche au livre.
 
Il n'en reste pas moins que l'écriture à elle seule mérite qu'on lise les 458 pages de cette histoire...
 
 
 
 

lundi 30 septembre 2013

Le premier vrai mensonge - M. Mander

Ce que nous en disent Les Presses de la cité sur la quatrième page de couverture:

Confronté à un événement trop grand pour lui, un enfant se raccroche à son imagination.
 
Agé d'une dizaine d'années, Luca vit seul avec sa mère et son chat Blu. Lorsqu'un matin sa mère ne se réveille pas, le petit garçon, affolé à l'idée qu'on puisse l'envoyer dans un orphelinat, décide de taire sa mort et de continuer à mener une existence en apparence normale. C'est son premier vrai mensonge. L'histoire qu'il livre au monde extérieur est si bien ficelée qu'il finit par se convaincre qu'il n'est pas orphelin.

L'histoire de Luca était à la fois suffisamment tragique et inventive pour que le livre me fasse de l'œil. D'autant qu'a priori, il s'agissait d'un livre rapide et court : grands caractères, 199 pages aérées, des chapitres bien découpés.
La lecture sur Amazon des premières pages du roman m'a confortée dans cette première impression positive : l'auteur s'exprime avec beaucoup de maîtrise, le style est agréable.
 
Oui mais voilà, si Luca m'a fait sourire au départ, son long monologue intérieur a fini par me lasser. Car de contacts avec le monde extérieur, le petit garçon n'en a pratiquement pas. Le lecteur a droit à une ou deux crises d'angoisse lorsque le gamin doit trouver des excuses pour justifier l'absence de sa mère mais en fin de compte, il interagit rarement avec son entourage. Et cela rend le livre peu crédible. Un garçon de cet âge a une vie scolaire, des amis. Sa mère, bien qu'isolée, a une bonne amie mais qui s'en va justement en vacances au moment du drame, comme c'est commode pour ne plus avoir par la suite à répondre au téléphone!
Et donc de mensonges, il n'en est que très peu question. Quant à "l'histoire si bien ficelée", je n'en ai pas vu le bout du nez. Luca a peur d'être placé en orphelinat. Il tait le décès de sa mère. Et c'est tout.
Du coup, les 199 pages bien aérées deviennent bien trop longues pour ce qui aurait pu constituer une excellente nouvelle au contenu bref mais intense.
Parce qu'il y a dans tout ce fatras un potentiel énorme lorsque Luca s'aventure à nous montrer les difficultés réelles qu'il doit assumer : " Deux semaines ou presque ont passé. Et tout continue de façon automatique. A vrai dire j'ai des difficultés avec mes tee-shirts - je n'en ai plus -, avec mes chaussettes - je les ai déjà toutes mises - et avec mes slips que je ne peux plus changer chaque matin. Alors, je les retourne, comme ça, ils durent plus longtemps, sous mes vêtements, on ne voit pas s'ils sont propres ou sales."
Là, oui, j'accroche.
Ou encore plus loin, ce qui -malgré les reproches que j'adresse au livre - vaut sa lecture :
"Je pose la soucoupe par terre. La petite bougie éclaire la cérémonie dune lumière indécise et tremblotante comme si elle allait s'éteindre d'un moment à l'autre, moi aussi je suis indécis, j'hésite à tout laisser là ou à souffler à la place de maman qui n'a plus de souffle."
 
Luca est un petit garçon dont l'auteur a voulu faire un philosophe qui nous informe des difficultés des adultes. Et ce n'est que lorsqu'elle oublie cette "adultitude" que le roman fonctionne pour devenir ce qu'il aurait dû être en permanence : le cauchemar d'un bambin qui a perdu sa maman...