jeudi 7 février 2013

Il n'y a pas que les shérifs qui portent une étoile - S. Rubin

Un coup de coeur pour cette histoire qui nous entraîne dans la seconde guerre mondiale à travers le regard de Jacques Poulain, âgé de 10 ans lorsque commence le récit.
Un récit qui sans sombrer dans le mélodrame donne à voir toutes les atrocités de la collaboration française pendant cet épisode sanglant de l'histoire.
Jacques va devoir traverser bien des épreuves pour sauver Myriam, son amie, sa soeur, son âme-soeur. Et dans ce parcours bouleversant, aucune réponse ne sera donnée au lecteur haletant que nous sommes devenus. C'est peut-être le seul reproche que l'on peut adresser au livre car il nous laisse sur un sentiment de frustration. Et je sais combien mes élèves détestent être frustrés de ce côté-là. N'empêche, c'est un livre que l'on retrouvera dans mon parcours lecture de l'année prochaine, dans la catégorie facile - historique.
 

-" Pourquoi? Qu'a-t-on fait de mal pour qu'on nous arrête? Nous ne sommes pas des criminels!"
 

Je suis un phénomène d'Elisabeth Atkinson

Publié aux édition Alice jeunesse, ce court roman de 227 pages a de quoi séduire même les plus récalcitrants.
Faye Noman ( prononcez Fé Nomen) mesure presqu'un mètre quatre-vingt pour ses 12 ans. Cette jeune adolescente se sent comme un éléphant dans un jeu de quilles. Solitaire, elle ne trouve sa place nulle part. Y compris auprès de sa mère, volage et inconstante. Heureusement, il y a Pénélope, sa meilleure amie. Sa seule amie.
Et puis il y a la boutique de perles où Faye se cache lorsque le monde devient trop fou pour elle.
Et puis, un jour, il y a aussi cette invitation destinée aux descendants de Boris Horace Noman. Une invitation qui va révéler à Faye qui elle est vraiment.
 
Une histoire fluide et simple, qui se dévore en un clin d'oeil et qui aborde avec subtilité le thème de la différence et du mal-être qui nous pousse tous un jour ou l'autre à nous demander ce que nous faisons-là...

" Je m'appelle Faye Noman. Ma mère a oublié de prononcer mon nom à voix haute à ma naissance. Mais est-ce mon nom qui me rend bizarre aux yeux des autres?"

Zodiaque, une série BD à ne pas rater

Parce qu'il n'y a pas que les romans! Un coup de coeur pour une nouvelle série de BD que je viens de découvrir : Zodiaque. Toutes les BD peuvent visiblement se lire indépendamment les unes des autres. Des médaillons offrent à leur propriétaire un pouvoir qui peut aussi bien être un don qu'une malédiction. Jusqu'à présent, j'en ai lu 4 et je les ai trouvées toutes bien dessinées et bien construites. A conseiller :-)

 

mercredi 6 février 2013

Kamo d'un côté, un cheval fantôme de l'autre

J'ai la chance d'avoir accepté de mener un atelier d'écriture avec des jeunes de 3ème primaire. Pour me préparer, je redécouvre la littérature jeunesse. Dans cette optique, j'ai lu avec beaucoup de bonheur : "l'évasion de Kamo" de D. Pennac et "Cheval fantôme" de Terri Farley.
Les deux livres sont très différents mais se lisent tous deux facilement sans que l'écriture en soit pour autant négligée.
Une construction de récit rigoureuse, des personnages attachants et crédibles. Bref, des livres à mettre dans les mains de nos jeunes sans aucune vergogne! Accessibles dès 9/10 ans mais agréables même pour des plus grands ( jusqu'à 14-15 ans, à mon avis).
 
"l'Evasion de Kamo" m'a permis de retrouver la plume exceptionnelle de D. Pennac ( le fabuleux auteur de la saga Malaussène) et de me réconcilier avec lui ( j'ai nettement moins aimé les derniers livres parus). Enfin un auteur qui écrit pour les jeunes sans les prendre pour des demeurés et qui n'hésite pas à utiliser un vocabulaire riche! Alléluia!!!
Kamo est seul avec son meilleur ami alors que sa mère est partie aux sources de ses origines. Un récit où l'on apprend qu'il faut dépasser ses peurs mais tenir compte de ses pressentiments. Un livre où l'on savoure l'amitié comme un fruit bien mûr.
 
"Cheval fantôme" s'adresse plutôt à un public féminin. Sam rentre chez elle après une longue absence suite à un grave accident de cheval. Le lecteur a l'occasion de suivre sa réintégration dans le milieu des cow-boy, et la remise en confiance avec les chevaux. Rien de surnaturel dans cette histoire, contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, juste une magnifique histoire d'amour de la nature, des animaux dans un milieu où le pire et le meilleur se côtoient en permanence.



L'homme qui regardait la nuit de G. Sinoué

"Grèce - Île de Patmos. Un homme regarde la nuit. Pourquoi ce chirurgien au faîte de la gloire a-t-il brusquement choisi l'exil? Que cache le silence farouche qu'il maitient sur son passé?"
 
Un livre qui répond à mon précédent article sur "l'éloge du voyage" puisque là aussi je m'étais aventurée en Grèce.
Mais si le pays m'a envoutée ce n'est malheureusement pas tout à fait le cas de Sinoué qui m'a un peu déçue avec ce récit simple.
Certes, l'écriture est belle. Mais moins que d'habitude.
Bien sûr, les personnages sont intéressants. Mais moins fouillés que dans d'autres romans que j'avais déjà lus de lui.
J'ai trouvé que c'était un livre de plage. Et, dans ma tête, ce n'est guère un compliment. "Lhomme qui regardait la nuit" trouve sa place à côté de Levy, de Musso, de ces auteurs qu'on lit en été, parce que c'est facile et qu'on ne doit pas trop réfléchir.
Alors oui, c'est bien écrit, c'est facile à lire, c'est écrit grand en plus dans cette édition Flammarion! Mais c'est un peu trop facile et trop gentil. Je n'ai en plus pas adhéré à la fin dont je ne dirai rien pour ne pas compromettre le plaisir de ceux qui s'aventureront malgré tout entre ces pages.
N'ai-je rien aimé?
Absolument pas.
La relation qui unit le chirurgien à son fils et son dénouement m'ont ravie. La construction en parallèle avec un premier et un dernier chapitre qui se répondent également. La présence de Jehol et ces passages qui ont fait écho avec ma propre expérience de l'équitation :
"Tu comprends[...], l'objectif de tout dresseur est de ne faire qu'un avec sa monture, jusqu'à ce que, comme dans un ballet, tu danses avec ton cheval. Sans besoin de mots. Rien qu'avec le coeur."
 
Donc oui, il y a de belles choses dans ce roman.
Mais j'ai le sentiment que G. sinoué s'est laissé aller à la simplicité et à une démarche purement commerciale, ce qui me donne le sentiment qu'il s'est payé ma tête de lectrice!

Eloge du voyage de Carine STAGE

En ces temps de grisailles, de froid et de pluie, rien ne vaut la perspective d'un voyage au soleil, de dépaysements et de rencontres nouvelles.
Et c'est à cela que nous invite Carine Stage dans son livre auto-publié "Eloge du voyage", livre qu'elle a eu la gentillesse de me prêter pour un aller simple vers le rêve et l'évasion.
 
Autant le reconnaître tout de suite, je ne suis pas habituellement lectrice de ce genre de choses. Mon truc, c'est le roman, la littérature de fiction.
Pourtant je me suis prêtée au jeu de la découverte et j'y ai pris plaisir. Bien sûr, en pinaillant un peu, on peut trouver quelques reproches à adresser à cet ouvrage : une construction parfois un peu confuse dans la première partie avec une chronologie étrange qui tient plus de la réminiscence que d'un travail de retrospection élaboré. Un manque d'images, de photos - mais ça, c'est vraiment subjectif puisque mon compagnon lui en aurait été perturbé - et un peu trop d'intime dans les souvenirs. Une intimité parfois tellement puissante que cela m'a empêchée de décoller pour partager, au lieu du voyage, les difficultés rencontrées par l'auteur.
Mais à côté de cela, Carine Stage est parvenue à m'entraîner dans des pays que je n'avais jamais visités. J'ai adoré les anecdotes de voyages (j'aurais aimé en lire davantage), j'ai eu envie de partir à l'aventure et de me glisser dans les bagages de cette globe-trotter.
Il y a la force de son écriture. Certains passages sont terriblement poétiques. D'autres, plus terre à terre, concrets et pragmatiques.
Et c'est là le principal atout de ce récit : l'alternance de rêve et de réalisme. D'ailleurs, la structure du livre traduit cette intention. En premier, le récit des voyages en second, un guide malin pour réfléchir à son voyage, le penser intelligemment, afin de choisir ce qui nous correspond le mieux à un moment de notre vie. Car comme le dit si bien l'auteure, certains âges se prêtent mieux à certaines destinations que d'autres.
Alors, si le désir de voguer vers d'autres cieux vous saisit soudain, je ne peux que vous encourager à vous procurer l"Eloge du voyage"...
Vous pouvez d'ailleurs consulter son site : http://elogeduvoyage-cstage.e-monsite.com/ pour vous le procurer.
Bonne lecture :-)


lundi 28 janvier 2013

Les murmures de John Connolly


« On peut peut-être encore la sauver, pensa-t-il, mais, quand il eut écarté les gravats, il dut admettre qu’il ne pouvait plus grand-chose pour elle. […] – Pauvre petite, murmura-t-il en lui caressant doucement la joue, la touchant pour la première fois depuis quinze ans. Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? Qu’est-ce que nous t’avons tous fait ? »
 
« Les murmures » de John Connolly a retenu mon attention par sa couverture qui, à elle seule, provoque des frissons et des interrogations : un masque grimaçant, des couleurs froides (noir, gris, vert). Enfin, il a réussi le test que je pratique avant d’acheter un livre : la lecture des premières pages. Si j’ai envie de poursuivre, c’est en général bon signe et je ressors de la librairie avec mon précieux ouvrage sous le bras.
Achat donc dudit bouquin.
La quatrième de couverture  annonce un « roman noir visionnaire, terrifiant, diablement mené » mais on sait ce que donnent les critiques des quatrièmes couvertures. Méfiance donc et pas d’espoir inconsidéré.
L’histoire est celle d’un détective privé, Charlie Parker, qui accepte d’enquêter sur un mari violent pour le compte non pas de l’épouse mais de l’employeur de celle-ci. Bienfaiteur de l’humanité ? Pas exactement : l’homme est également le père d’un jeune GI revenu de la guerre en Irak qui vient de se suicider. Or le mari a combattu à ses côtés.

Serait-il possible que tout soit lié ? Que le comportement de l’un et l’autre soit la conséquence d’un syndrome posttraumatique ? L’hypothèse serait séduisante si d’étranges murmures ne s’étaient pas fait entendre dans la tête des victimes…
..........
J’ai bien aimé ce thriller pour son ambiance, son atmosphère sombre qui provoque un malaise indéfini. Les personnages sont prenants. Humains, ils ont tous des qualités et des défauts. Les méchants ne sont pas entièrement noirs, les gentils ont leur part de ténèbres. Et puis le récit est bien construit, le style est rapide, l’écriture agréable.
Seuls reproches : quelques lenteurs  par-ci, par-là et des moments pas toujours faciles à comprendre car le personnage principal intervient dans d’autres romans et que l’auteur y fait parfois référence.
Pour le reste : un bon moment de lecture avec des sueurs froides et des regards jetés par-dessus l’épaule pour s’assurer que tout va bien, qu’on est seule dans la maison et que personne ne se cache dans les ombres des couloirs.