vendredi 15 novembre 2013

Dans le silence du vent - Louise Erdrich

Je peux enfin annoncer une lecture qui m'a plu du début à la fin dans ce challenge "rentrée littéraire 2013". Je ne parlerai peut-être pas de coup de cœur car je suis une lectrice difficile mais c'est un livre qui m'a vraiment séduite et qui mérite qu'on s'y attarde.

Joe a treize ans et vit dans une réserve. A travers sa voix, nous découvrons son univers faits de routine et de camaraderie, de fantasmes adolescents et de désirs inassouvis. Mais cette routine paisible se trouve bouleversée par un événement crapuleux : la mère du garçon se fait violer. Un viol particulièrement brutal qui laisse la maman dans un état physique d'abord, moral ensuite dévasté.
La voix de Joe s'élève alors pour comprendre l'impensable, cerner ce qui a eu lieu. Le gamin mène sa propre enquête, soutenus par ses amis Zack, Angus et surtout Cappy.
Et à travers cette enquête se révèle toute la complexité du statut indien aux Etats-Unis et du système pénal qui gouverne ce peuple malmené.
 
Ce qui marque le plus dans cette histoire, c'est l'écriture.
Une écriture simple et sans fioriture et pourtant puissante et poétique. Une écriture qui vous embarque l'air de rien et ne vous laisse pas en paix, vers laquelle le lecteur est obligé de revenir, presque malgré lui.
Louise Erdrich parvient à faire vivre son histoire dans la tête du lecteur, les images se mettent en route toutes seules et le film nous happe. Et pourtant, ce sont des images faites de petits riens du quotidien :
" Des petits arbres avaient attaqué les fondations de notre maison. Ce n'étaient que de jeunes plants piqués d'une ou deux feuilles raides et saines. Les tiges avaient tout de même réussi à s'insinuer dans de menues fissures parcourant les bardeaux bruns qui recouvraient les parpaings."
Ce sont les premières lignes du récit. Et chose impressionnante, toute la trame est posée là, entre nos mains, dans ces quelques mots.
Ces petits arbres métaphoriques que le narrateur s'échinent à ôter sont l'indice du drame qui va se jouer.
C'est là la grande force de l'auteur. Les images en apparence futiles recouvrent des réalités bien plus complexes.
 
Une autre force du roman réside dans la construction des personnages. Joe est un adolescent qui découvre la vie qui l'entoure avec ce mélange de naïveté, de candeur et de pessimisme propre aux gamins de son âge. Et ce regard encore si frais va se heurter au côté obscur de l'âme humaine. On le suit dans cette évolution, avec ses joies, ses peurs et ses colères. On doute avec lui. On veut savoir tout comme lui.
 
Seul bémol à cette impressionnante construction narrative, les détours parfois compliqués de l'enquête avec l'intervention de nombreux personnages animés chacun par des mobiles intimes. Au lecteur alors de plonger dans ces intimités et de suivre le mouvement ou au contraire, parfois ( c'est ce qui m'est arrivé), de se rebeller et de rechigner devant la besogne.
 
C'est le seul point que je reproche au livre.
 
Il n'en reste pas moins que l'écriture à elle seule mérite qu'on lise les 458 pages de cette histoire...
 
 
 
 

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